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Un chien fugueur est un chien qui sort momentanément du territoire où il vit habituellement. Ce lieu peut être la maison, le jardin, la cour… Le territoire d’un chien est l’espace que celui-ci se réserve et pour lequel il se défendra si un congénère y pénètre. Pour sortir, le chien fait preuve d’inventivité, au grand désespoir souvent de ses maîtres : trou dans la clôture, saut du portail…Le principal problème est que le chien est alors voué à lui-même et que son propriétaire ne le retrouve parfois plus. La fourrière municipale est souvent appelée par ces propriétaires attristés et ses chenils sont pleins de ces chiens. Généralement, les propriétaires de chiens fugueurs ont déjà utilisé un grand nombre de dispositifs sans beaucoup de résultats. En fait, l’approche éthologique permet fréquemment de compléter ces systèmes et d’obtenir des résultats meilleurs.

On distingue deux grands types de fugues :

  • Le chien s’enfuit mais l’animal revient de lui-même après quelques heures de promenade.
  • Le chien s’enfuit mais ne revient plus. Le propriétaire le récupère loin de l’endroit de départ ou le retrouve dans un refuge.

 

 

Le fugueur qui revient :

 

Ce chien s’en va quelques heures puis revient à son domicile. Le propriétaire a donc peur que le chien se fasse écraser, provoque un accident…

De nombreuses raisons peuvent expliquer ce type de comportement :

- un territoire flou :

Si les limites ne sont pas nettes, le chien aura tendance à ne pas comprendre qu’il n’est pas autorisé à les franchir. En effet, certaines limites sont très nettes pour nous, humain, mais sont incompréhensibles par l’animal (bordure de gazon, zones sans clôture, haie clairsemée…).

Les limites peuvent aussi ne pas être nettes car le chien est le dominant dans la famille. Ce chien sera donc celui qui décide. S’il décide de partir se promener, il n’attend aucun accord des propriétaires.

Un chien pourra toujours sortir d’un terrain… sauf s’il n’en a pas envie !!! A vous de trouver ce qui le retiendra…ou d’éliminer ce qui le fera partir…

 

- des stimuli extérieurs :

De nombreuses stimulations peuvent entraîner le chien à sortir de son territoire. Une femelle en chaleur peut très bien attirer le mâle loin de sa maison. Mais, de même, toute attirance du chien vers l’extérieur peut se solder par une fugue : les poubelles d’un restaurant avoisinant, la voisine qui nourrit son chien, des enfants qui jouent au ballon…

L’anxiété de séparation peut aussi déclencher des fugues. Le chien ressent un besoin incoercible de rejoindre la personne qu’il aime. Cette pathologie explique bien des dégâts et des fugues.

 

- un état réactionnel particulier :

Un chien très émotif sera d’autant plus effrayé par un bruit inconnu qu’il ne sera pas habitué à un environnement particulier (chien de campagne adopté et placé en ville…). De même, un chien mâle dominant sera plus tenté de faire le mur pour une femelle en chaleur qu’un chien soumis et peureux. Un chien affamé sera tenté plus facilement de sortir flairer les poubelles qu’un chien bien nourri…etc.

 

Que faire dans ces cas ?

En premier point, il est très important de dédramatiser le retour de l’animal. Certes, il vous a fait très peur car il aurait pu se faire écraser. Certes vous étiez très inquiet, mais ne le montrez pas. La réprimande au retour est néfaste. L’animal va associer la réprimande à son retour. Ainsi, il est préférable de féliciter son chien de revenir. Ce point est essentiel dans la thérapie comportementale visant à diminuer les fugues.

Ensuite, il est important de dissocier les comportements purement éthologiques et les sociopathies. Le chien dominant doit impérativement subir une régression sociale, c'est-à-dire passer de la position de dominant à celle de dominé.

 

 

La soumission face à son maître est une étape fondamentale dans la construction de l’ordre hiérarchique de l’animal. Le chef de meute reste le maître.

Le chien ne doit pas se sentir supérieur aux personnes de la maison. Il ne doit pas considérer qu’il peut quitter son maître à sa guise.

 

Marques de domination Thérapie de régression sociale
Le repas : le dominant mange en premier, lentement, en public et dérange les dominés pendant leur repas.
  • Le chien doit manger après ses maîtres
  • Il doit manger seul
  • La gamelle doit être dans un endroit non stratégique
  • Retirer la gamelle après 10 min.
  • Ne rien donner à table
Le territoire : le dominant dort dans les endroits stratégiques.
  • Un seul lieu de couchage à l’écart
  • Ne pas laisser le chien se coucher dans un endroit stratégique
  • Ne pas le contourner s’il est dans le passage mais le renvoyer sur son tapis
  • Ne pas le toucher dans son panier
Les contacts : le dominant prend les initiatives des contacts, caresses, jeux, sorties…
  • Les maîtres doivent prendre l’initiative des contacts
  • Ne pas jouer à la demande du chien
  • Renvoyer le chien dans son panier lorsqu’il entame le jeu
  • Le chien ne doit pas s’interposer entre les membres de la famil

Tableau 1 : Principes de la thérapie de régression sociale

 

L’anxiété de séparation est une attitude souvent acquise à la fin de l’âge de chiot. L’animal ne supportera pas d’être séparé de son maître. C’est un phénomène d’hyper attachement. Ce phénomène correspond à un attachement excessif au lien primaire ou au développement d’un trouble émotionnel de nature dépressive ou anxieuse. Dans ce cas, il faudra lutter contre ce trouble par un comportement précis du propriétaire. Les rituels devront être évités ainsi que toute exacerbation du sentiment d’abandon lors des départs et de fête lors du retour du maître.

 

Principes de la thérapie de l’hyper attachement :

  • Ignorer le chien 20 minutes avant le départ
  • Ne pas céder au rituel du départ (au revoir mon chien, papa s’en va, sois gentil…)
  • Sortir simplement, sans plus
  • Au retour, ne pas faire la fête au chien
  • Faire comme s’il n’existait pas pendant les premières 20 minutes
  • Prendre l'initiative des contacts

 

 

Le fugueur qui ne revient pas :

 

Ces chiens sont très souvent affectés de trois types de troubles comportementaux : le syndrome HS/HA, la peur, les troubles liés au vieillissement.

 

Le syndrome HS/HA ou hyper sensibilité / hyper activité.

Le chien atteint de ce trouble est un animal hyper actif, tout le temps. Une porte s’ouvre et il bondit, une personne se lève et il lui fait la fête. Le chien ne tient pas en place, remue tout le temps. Ce type de chien, lorsqu’il fugue ne revient pas. Le maître le retrouve souvent très loin du domicile, dans un état déplorable (maigre, affamé, blessé...) En fait, le chien manque d’autocontrôle. La fugue permet d’assouvir un besoin continuel de bouger et fréquemment, les propriétaires sont désespérés car le chien trouve toujours la faille de leur dispositif anti-fugue.

La thérapie suit deux axes. Le traitement médical est souvent indispensable. Le but est de régler par des médicaments le seuil de réactivité du chien. Ce traitement est long (minimum 6 mois) mais il permet une thérapie comportementale simultanée. Cette thérapie comportementale est essentielle. Elle doit apprendre au chien le jeu contrôlé c'est-à-dire le jeu sans excès d’excitation. Elle permet aussi de régler des problèmes de dominance concomitants par une régression sociale dirigée.

 

 

Le jeu permet de souder le chien et son maître. Seulement, c’est le maître qui doit garder le contrôle. Le jeu doit s’arrêter dès que le chien s’énerve de trop…

 

La fugue par peur

Les états de panique peuvent expliquer un certain nombre de fugues, car la peur fait perdre à l’animal tout contrôle. Le traitement vise alors à écarter la phobie. Là encore la chimie peut venir en aide. Mais il est indispensable de mettre en place une thérapie visant à graduellement montrer à l’animal la cause de sa peur (habituation à un bruit, à une situation…)

 

 

Les cours d’éducation des clubs peuvent permettre de rattraper certaines situations ou de faire progresser le maître et l’animal vers une relation de confiance mutuelle.

 

Les troubles liés au vieillissement

Le vieillissement apporte son lot de problèmes. Au-delà de la surdité qui peut expliquer des fugues, le vieillissement cérébral peut expliquer la perte des contrôles. On a alors une perte de l’appréciation spatiale. Le traitement est alors essentiellement médical et vise à diminuer la perte des apprentissages.

 

 

En conclusion

 

La thérapie comportementale peut suffire à faire disparaître les fugues. Cependant, les dispositifs du commerce peuvent vous aider à la mettre en place. Mais il est clair que tout dispositif, si dissuasif soit-il, ne suffira pas sans une correction comportementale. Pour atteindre l’objectif, il faut que la correction soit faite immédiatement, répétée à chaque erreur, et non phobogène. Il est inutile de rouer son chien de coups même si pris en flagrant délit. De la même manière, l’emploi du collier électrique est à faire avec parcimonie et si possible préférer la fonction spray. Et surtout, n’oubliez pas la récompense si le chien a bien travaillé… et pour celle-ci, quoi de mieux qu’une grosse caresse affectueuse !!!

 

Références :

DRAMARD V., Conduite à tenir devant un chien fugueur, Compte rendu congrès CNVSPA, Nice, 1998

PAGEAT P., Confort et bien être des carnivores domestiques, Point Vét., 1995, 26(65) : 1011- 1019